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  • André Dubuc

L’or résiste à des vents contraires

Nous vivons une période excitante, stressante, mais excitante, néanmoins. Les marchés financiers nous font vivre des émotions fortes quasiment chaque semaine.


Que se passe-t-il avec l’or ? L’or, valeur refuge; l’or, actif protégeant contre l’inflation; pourquoi son prix a-t-il reculé de 3% en mai ?

Pour résumer, il s’est passé deux choses en mai. Les taux obligataires ont continué d’augmenter et, en parallèle, le dollar américain s’est apprécié.


L’once d’or étant libellé en dollar américain. Toutes choses étant égales par ailleurs, une hausse de la valeur du billet vert fait reculer la valeur du métal jaune.


Le dollar américain profite d’une fuite des investisseurs vers une apparence de sécurité en réaction à la volatilité extrême des marchés. Dans ce contexte, l’achat de Bons du trésor américain apparaît comme le moins pire des investissements, ce qui accentue la demande et la popularité du billet vert.


Bref, l’or fait face ces jours-ci à deux vents de face : la remontée des taux d’intérêt, qui augmente le coût d’opportunité de détenir de l’or, et la force du dollar yankee. Il reste un bon vent de dos : l’inflation, la plus forte que l’on a connue en quarante ans et qui se répand dans l’économie comme un cancer dans un organisme.


Un dans l’autre, l’or a reculé en mai, mais son prix est resté au-dessus de 1800 $ US, un niveau élevé historiquement. C’est aussi un niveau qui assure une bonne rentabilité aux mineurs qui doivent se débattre avec une hausse des coûts de production liée à cette même inflation.


Dans notre livre, Investir dans l’or, paru en février 2021, nous appréhendions une poussée de l’inflation en raison des politiques suivies par les banques centrales en réaction à la COVID. À la sortie du livre, le discours des banquiers centraux tournait autour de l’idée que l’inflation était transitoire et qu’elle allait disparaître plus tôt que tard, comme par enchantement. Quinze mois plus tard, la réalité est toute autre.


Toujours dans ce guide paru en février 2021, nous évoquions que les actions et les obligations étaient surévaluées. Les principaux indices américains sont en recul d’environ 20 % depuis leur sommet atteint en fin 2021. La chute est encore plus brutale pour les titres technologiques composant le Nasdaq.


Pour ce qui est des obligations, l’indice du S&P U.S. Aggregate Bond a perdu près de 9 % depuis le 1er janvier. En revanche, le dollar US a beaucoup mieux réagi jusqu’à maintenant que nous l’anticipions dans notre livre. L’indice Bloomberg traquant le dollar américain contre un panier de devises a gagné près de 7 % jusqu’à maintenant en 2022.


La question est de savoir si ça va durer.


De notre côté, nous n’y croyons pas. Primo, la faiblesse relative de l’économie américaine qui a reculé au premier trimestre et, deuxio, l’endettement colossal du gouvernement à Washington, équivalent à 129 % de son produit intérieur brut.


Un mot sur les cryptomonnaies que bon nombre d’investisseurs considèrent comme la valeur refuge de l’avenir : les deux cryptoactifs les plus populaires, Bitcoin et Etherum, ont respectivement cédé 37 % et 47 % de leur valeur en 2022.


Pendant ce temps, le prix de l’once d’or se situe au même niveau qu’en début d’année (+1% ), après avoir monté de plus 10 % au début mars et une seconde fois de près de 10 % à la mi-avril. Quand on fait 1 %, quand les autres actifs donnent du -20 %, on se console.


De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Notre boule de cristal, malheureusement, est aussi embrouillée que celle des autres.


Il se pourrait que les banquiers centraux se muent en magiciens et fassent atterrir l’économie en douceur en parvenant à contrôler l’inflation sans infliger une récession économique à la population. C’est la grâce que nous leur souhaitons. Perso, nous en doutons fort.


Un autre scénario à envisager, parmi d’autres, est que la glissade de la Bourse se poursuive dans les prochaines semaines – des gens fort sérieux parlent de recul total pouvant dépasser les 40 %. Le cas échéant, les titres aurifères ne seront pas épargnés. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit brièvement au printemps 2020. Le lingot devrait mieux résister à la débâcle sans qu’un recul de son prix ne soit à écarter complètement. Dans un tel scénario, les géants aurifères pourraient devenir accessibles à bon prix : les Newmont, Barrick, Agnico Eagle et Franco-Nevada. Nous verrons bien.


Quoi qu’il en soit, nous aimons beaucoup l’or ces temps-ci étant donné la période inflationniste que nous vivons. Nous pensons aussi que l’or constitue une police d’assurance efficace si jamais l’économie basculait en stagflation, un mélange toxique de stagnation économique et d’inflation élevée.

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